Changer radicalement de métier n’est pas une décision anodine.
Lorsqu’on dispose déjà d’une activité professionnelle établie, d’une expérience reconnue et d’un revenu, le changement ne consiste pas seulement à choisir une nouvelle orientation. Il faut aussi vérifier que le projet correspond réellement au métier imaginé, construire un modèle économique viable et, surtout, accepter de repartir en partie de zéro.
C’est pourtant le choix qu’a fait Éric Raciti en 2015.
À cette époque, il quitte progressivement le monde de la musique, dans lequel il évolue depuis son enfance, pour devenir psycho-praticien à Toulon.
Dix ans plus tard, il considère cette décision comme une réussite.
Éric Raciti est né dans une famille de musiciens, et dans cette famille, les études musicales étaient presque considérées comme plus importantes que les études classiques.
Son orientation semblait donc toute tracée.
Il entre au conservatoire et entreprend des études de piano avec un objectif bien précis :
« Devenir musicien comme papa. »
Mais un accident à l’œil vient contrarier ce projet.
Il obtient une dérogation qui lui permet de terminer ses études de piano, mais doit renoncer à la carrière de concertiste qu’il envisageait.
Il entre alors dans la vie professionnelle comme accompagnateur de chanteurs et professeur de piano.
Et c’est dans cette activité qu’apparaît, presque naturellement, une autre dimension de sa personnalité : les chanteurs lui parlent, lui confient leurs difficultés, leurs inquiétudes, leurs problèmes personnels. Éric les écoute et les accompagne.
Il découvre ainsi, dans la pratique, un domaine qui l'intéressait depuis longtemps : l'accompagnement psychologique des personnes.
Pour autant, il ne renonce pas immédiatement à la musique.
Éric poursuit son parcours musical et crée à Lyon une école de musique à domicile.
Il assure lui-même une partie des enseignements et recrute d'autres professeurs.
Son activité se développe et il devient progressivement un véritable chef d’entreprise.
Son école connaît notamment une particularité à l’époque : elle est la première école de musique à bénéficier du dispositif permettant à ses clients de profiter d’une réduction fiscale de 50 %.
Le projet fonctionne donc, et économiquement, l’entreprise est florissante.
Mais une réussite économique ne signifie pas nécessairement un épanouissement personnel.
Éric aime la musique, mais il ne se réalise plus pleinement dans cette activité. Au fil du temps, celle-ci est devenu en grande partie « alimentaire ».
Il lui faut alors faire un choix : continuer dans une activité qui fonctionne mais dans laquelle il ne trouve plus complètement son épanouissement ? Ou prendre le risque d'un changement radical ?
Il choisit la deuxième solution.
Éric décide de devenir psycho-praticien.
Mais il ne se contente pas de transformer une envie en projet professionnel.
Il commence par se former sérieusement dans les trois disciplines qui le passionnent : la sophrologie, la PNL et la réflexologie plantaire.
Deux années d'études lui permettent d'acquérir les compétences et certifications nécessaires, et en 2014, à 40 ans, son projet professionnel est devenu suffisamment concret pour envisager le passage à l'acte.
Il change également de région et s'installe à Toulon.
Mais il reste une question essentielle :
Comment transformer une nouvelle compétence en véritable entreprise ?
Sur ce point, Éric ne laisse pas les choses au hasard.
Éric sait quel métier il veut exercer, mais il sait aussi, par expérience, qu'une compétence professionnelle et une entreprise viable sont deux choses différentes.
Avoir envie de changer de métier ne suffit pas. Il faut être capable de démontrer que le métier envisagé correspond à la réalité, que le marché existe et que l'activité peut fonctionner économiquement.
Il décide donc de se faire accompagner pour construire son projet entrepreneurial.
Son dossier comprend notamment :
une analyse stratégique de type SWOT ;
une étude de marché ;
un business plan solide ;
une réflexion sur son modèle commercial.
Cette étape lui permet de passer d'une aspiration personnelle à un véritable projet d'entreprise.
Éric fait un choix assez original concernant son développement commercial.
Il ne souhaite pas construire une véritable « machine commerciale ».
Installé favorablement dans le centre-ville de Toulon, à proximité du port, il mise principalement sur deux supports : un site internet et une page Facebook.
Pour le reste, il fait le pari de la qualité de ses prestations entrainera un bouche-à-oreille suffisant à son développement.
Ce choix peut sembler risqué dans une logique classique de création d'entreprise.
Mais il correspond à son projet et à sa manière d'envisager son métier.
L'objectif n'est pas nécessairement de rechercher le maximum de clients.
Il veut construire une activité suffisamment solide pour vivre correctement de son métier tout en conservant une grande liberté.
Éric ne se contente pas de construire son dossier, il va le confronter.
Il présente son projet à différentes structures, notamment des banques et des organismes professionnels, dans le but d'obtenir des aides mais aussi d'avoir leur retour sur leur perception du projet.
ET ceux-ci sont particulièrement positifs.
Son dossier est considéré comme robuste et la qualité de sa préparation lui permet d'obtenir plusieurs aides financières substantielles.
Au-delà de l'aide financière, cette confrontation lui apporte quelque chose de tout aussi précieux :
un regard extérieur sur son projet.
Les objections, les questions et les réserves peuvent révéler des faiblesses que l'on ne voit plus soi-même lorsque l'on est trop impliqué dans son projet.
Éric ne brûle pas non plus tous ses vaisseaux.
En 2015, lorsqu'il démarre son activité de psycho-praticien, il choisit le portage salarial et conserve temporairement une activité de professeur de piano. (son back-up)
Il dispose ainsi d'une sécurité qui lui évite de faire reposer immédiatement toute sa situation financière sur sa nouvelle activité.
Mais le succès arrive rapidement : Le bouche-à-oreille fonctionne.
Son activité de psycho-praticien se développe et, au bout d'un an, Éric arrête définitivement son activité musicale et crée sa nouvelle structure juridique.
Le changement de carrière est alors devenu une réalité.
Dix ans après avoir pris cette décision, le bilan d'Éric est sans ambiguïté.
Il est épanoui dans son nouveau métier.
Il exerce une activité qui le passionne, lui procure le revenu qu'il souhaite et lui permet de conserver une grande liberté.
Il lui arrive même de limiter volontairement sa clientèle, afin de préserver sa disponibilité et la qualité de ses prestations.
Au fil des années, son activité l'a également conduit à établir des relations constructives avec de nombreux médecins, ce qui enrichit encore son exercice professionnel.
À 41 ans, Éric Raciti était passé du monde de la musique à celui de l'accompagnement psychologique ; et avec dix années de recul, il considère ce changement comme une réussite.
Son expérience lui permet aujourd'hui de formuler quatre recommandations à ceux qui envisagent, eux aussi, de changer de métier ou de projet professionnel.
Il faut savoir concrètement à quoi correspond le métier envisagé dans la vraie vie.
Il faut se méfier des rêves et des fantasmes que l'on peut avoir sur une profession.
Une formation sérieuse et, lorsque cela est possible, une immersion dans le futur métier permettent de confronter son idée à la réalité.
Ne pas seulement savoir ce que l'on veut faire. Savoir ce que cela signifie réellement de le faire.
Une nouvelle activité professionnelle doit aussi être un projet économique.
Éric recommande donc de construire un dossier comprenant, autant que possible :
une analyse stratégique ;
une étude de marché ;
un business plan ou, au minimum, un business model réaliste ;
une stratégie de commercialisation.
Ce dernier point lui paraît particulièrement important : la commercialisation est souvent le parent pauvre des projets de création.
Et lorsque l'on ne maîtrise pas suffisamment ces sujets, il ne faut pas hésiter à se faire accompagner.
Même lorsque l'on ne recherche pas d'aide financière, il peut être très utile d'aller présenter son projet à des banques, des organismes professionnels ou autres interlocuteurs compétents.
Leurs questions constituent un véritable test.
C'est une forme d'audit gratuit.
Les réactions obtenues permettent parfois de découvrir des faiblesses, de remettre en cause certaines hypothèses ou, au contraire, de conforter les choix effectués.
Dans tous les cas, la confrontation permet d'améliorer le projet et de le valider avant qu'il ne soit trop tard.
Changer de métier représente déjà une source importante d'incertitude.
Ajouter à cette incertitude une insécurité financière excessive peut conduire à prendre de mauvaises décisions.
Conserver temporairement une activité, disposer d'une réserve financière ou trouver une autre forme de sécurité peut permettre d'aborder la transition avec davantage de sérénité.
Dans le cas d'Éric, son activité de professeur de piano a joué ce rôle pendant la première année.
L'histoire d'Éric Raciti montre finalement qu'une reconversion professionnelle ne signifie pas nécessairement abandonner tout ce que l'on a construit.
Son parcours musical lui a apporté des compétences, une expérience de l'enseignement, du contact humain et de l'entrepreneuriat.
Son expérience de chef d'entreprise lui a également donné des bases utiles pour construire sa nouvelle activité.
Il n'est donc pas véritablement parti de zéro.
Il a réutilisé une partie de son expérience pour construire autre chose.
C'est peut-être l'un des enseignements les plus intéressants de son parcours.
À 41 ans, Éric n'a pas simplement changé de métier.
Il a changé de projet professionnel en s'appuyant sur ce qu'il avait déjà construit.
Et dix ans plus tard, il exerce toujours le métier qu'il a choisi de construire.